JoomFish language selector

English (UK)Français (FR)
 

 

 

  • Histoire du peloton acrobatique de l'escadrille 350 de 1950 à 1957. 
  • Récit relaté par Tony de Maere d'Aertrijcke, paru dans le Nr.3 du "The Golden Falcon" (Sept 1996)
  • Photos : Collection Serge Bonfond.

 

 

 

Le peloton acrobatique de la 350.

 

Il y a près de cinquante ans de cela, le premier peloton acrobatique de la Force Aérienne, se constituait à Beauvechain sur Spitfire XIV, sous la conduite du Major Guy de Patoul

Ce peloton, qui ne comprenait à l'époque que trois avions, fût à l'origine du peloton acrobatique de la 350 Esc sur Meteor IV puis, plus tard, des Diables Rouges. 

Que c'est loin tout cela... et comment en relater autre chose que quelques souvenirs plus marquants. 

Le peloton acrobatique était un peu le fleuron du wing et, si j'ose dire, le panache et la fierté de ceux qui en faisaient partie. Quoique ayant participé aux premiers entraînement sur Spit, je n'eus pas la chance d'être de ceux qui représentèrent la FAé aux meetings d'Evère et Auxerre, en Juin et Août 1949.
Ce que j'en retiens, c'est que ce n'était guère facile en Spit XIV. A cause de l'énorme torque généré par le puissant Rolls-Royce Griffon, le Spitfire dérapait violemment à chaque changement de régime, et, à chaque mouvement du throttle, il fallait, pour rester en place, compenser en bank. Sur le dos, en plein tonneau, cela donnait des sueurs froides. En jet, ce phénomène n'existait pas, mais, en revanche, l'inertie du moteur était un autre handicap, qui obligeait presque à anticiper sous peine d'être semé.

En tout état de cause, faire du peloton était un métier esquintant. Même en plein hiver, on sortait de là tout trempé de sueur, les mains crispées d'avoir trop longtemps serré le stick et le throttle ; et les jolies arabesques que nous tracions dans le ciel, souvent pour un vaste public, étaient l'oeuvre de forçats.
Et en effet, si pour le leader, il s'agissait surtout de connaître à fond toutes les manoeuvres et leurs limites, et de piloter tout en douceur, pour les ailiers, c'était l'exigence absolue d'une attention intense de tous les instants, les yeux rivés sur le leader et les contrôles toujours en mouvement... toujours.

Après notre conversion sur Meteor IV, la 350, toujours sous la conduite du Major de Patoul, reprit son entraînement et fût bientôt à même de rivaliser avec les "teams" étrangers dès l'été 1950, en participant aux meetings internationaux d'Orly le 11 Juin, et de Deurne, le 25 Juin.

A cette époque, le peloton était constitué de deux équipes de trois et d'un acrobate solo.
Le premier "Vic" se composait du Major de Patoul, d'Albert Procureur comme N° 3, et de moi-même, comme N° 2. Yves Bodart "leadait" le deuxième Vic, entouré de Paul Dewulf et d'Harry Saeys.
 


L'acrobate était Delelienne. Quel crack !
Il était époustouflant d'audace et de maîtrise, passant à plusieurs reprises sur le dos, au raz des marguerites, puis entamant la ressource sur le dos... en Meteor IV.

J'en étais médusé, me disant qu'il y allait trop fort et ne ferait pas de vieux os... Il faut savoir que contrairement au Mk.VIII, le Meteor IV était un chameau sur le dos, et qu'il fallait une force de cheval pour tenir en vol horizontal, sans parler de la montée !

Petite annectode : Après avoir fait de l'acrobatie en jet au dessus de foules impressionnantes, voilà qu'en descendant de mon avion, je me tords méchamment le pied et m'effondre, secouru heureusement, rapidement par de charmantes infirmières parachutistes françaises.

 

 

En 1951, je fis mutation pour Chièvres et perdis la trace du peloton de la 350 qui fût assez rapidement remplacé par les "Acrobobs", sous la conduite du Major Bladt.

Cinq ans plus tard, je reprenais le commandement de la 350. Grand amateur d'acrobatie, j'avais contribué, à Chièvres, à faire du peloton. Aussi, c'est tout naturellement qu'en 1956, je reconstituai un peloton acrobatique à la 350, ne fût-ce que pour exercer les pilotes à cette haute maîtrise et sans doute un peu pour le panache.

Puis nous passâmes sur Hunter. Merveilleuse machine, puissante, souple, racée. Très vite, notre peloton s'adapta à ce nouvel engin et nous eûmes assez rapidement une équipe bien rodée.
Elle de composait de moi-même comme leader, d'Yvan Deprins et Michel Jacob de Beuken, comme ailiers, avec en "Line-Astern" le Gus Rongé, puis plus tard Edgard Salteur.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres... Au début 1957, les Diables Rouges furent victimes de deux accidents qui mirent fin provisoirement à leurs activités. Or, il convenait que la FAé soit représentée aux grands meetings qui, à cette époque étaient organisés lors des fastes dans chacune des bases.
Et c'est notre peloton de la 350 qui fût chargé de cet honneur. En Mai 1957, ce fût Gossoncourt et Brustem, puis en Septembre Beauvechain ; mais le clou fût le meeting de Cannes, le 25 Août.

A Gossoncourt, mauvais coup du sort, j'avais une forte grippe, mais pas question d'abandonner. Ce fût un effort mémorable, avec, dans chaque piqué, l'obligation d'enlever un instant mon masque, et de me moucher violemment pour éviter une douleur insupportable dans mes oreilles et les sinus.
Relation de causes à effet ou non, à la sortie du dernier loop, au sommet duquel nous passions tous en Line-Astern, je vis le sol monter vers nous, inéluctablement, à une vitesse effrayante. Grosse émotion ; il me parut qu'on était pas loin de se planter, et pensai immédiatement avec effroi au Gus Rongé, mon N° 4, qui, sans le savoir, devait avoir frôlé la fin de sa carrière.
J'écoutai tendu et anxieu, que la tour m'annonce la nouvelle... mais non, une fois de plus, nous avions bouclé la boucle. Notre peloton n'était guère différent des autres pelotons avec lesquels il rivalisait à l'époque. Une particularité cependant : nous décollions à quatre, en échelon. Pas très confortable !

Pour terminer, quelques mots au sujet du meeting de Cannes. (*)

 

(*) Le Meeting avait été organisé afin de commémorer la libération de Cannes.
Plusieurs patrouilles acrobatiques étaient présentes dont : La Patrouille des Moniteurs d l'Ecole de l'Air de Salon, la Patrouille de France, la Patrouilles des Forces Aériennes Belges, et la Royale Air Force.
Ci-contre le lien vers le programme complet du Meeting : Meeting National de l'Air - Cannes 25 Août 1957.

 

 

Cannes 1957

 

Pour nous rendre à Hyères le Palivestre, en vue de ce show, il fallait faire escale à Dijon, car nous n'avions pas de tanks supplémentaires. Ce jour-là, 23 Août, nous étions supposés repartir, la météo annonçait des orages sur la Côte d'Azur. Et je vécus là une des décisions difficiles de ma carrière de leader. Fallait-il ou non risquer le coup ? Le trajet se faisait à 40.000 ft, avec juste assez de fuel. Des orages quelque part sur la Côte d'Azur, il y en a bien souvent. Ce n'est pas terrible ; mais il y a orage et orage !
Je fût dans des transes, ne sachant que décider, car, comme chacun sait, les pilotes n'aiment pas beaucoup un leader qui cane.
Je demandai conseil à Yves Bodart, qui incidemment, lors de nos exhibitions, faisait une démonstration solo, pour meubler les temps morts entre nos différents figures. Yves Bodart me répondit du tac au tac, qu'il ne donnerait aucun conseil, et que c'était moi le leader !
L'ancien se retranchait donc derrière la hiérarchie du moment. Après une longue et pénible introspection, je finis par décider de remettre notre trip au lendemain. Je fût bien inspiré car il y eut ce soir là de violents orages, et la plupart des pistes de la région furent véritablement inondées.

Notre show à Cannes fût une réussite. Le temps était superbe et pour terminer notre show en beauté, nous montions à la verticale, en laissant derrière nous, un long sillage de fumée rose, et la formation s'ouvrait alors comme les pétales d'une vaste fleur se déployant dans le bleu intense du ciel.
Ce meeting nous valut de nombreuses et chaleureuses félicitations dont celles de l'Air Marshal commandant le Fighter Command.

 

 

Pour fêter cela, le soir, après les réceptions et discours d'usage, tous les participants furent reçus en grande pompe sur le bateau (genre Malle Ostende-Douvres) d'une personne très fortunée, très imposante et très aimable qui s'appelait "La môme Moineau"

Ce fût la fin de notre saison acrobatique.
L'année suivante, le peloton des Diables Rouges était reconstitué sous la direction du Major Yvan Deprins.

  

 

 Tony de Maere d'Aertrijcke. 

 

 

 
 
 
 
 

Copyright © 2012 sergebonfond.be